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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 18:01

8mai10(Allocution de Jean-Paul Desnots maire de Favars)

 

Madame, Monsieur, chers amis, chers camarades,

 

Il y a quelques années, nous avons ajouté sur ce monument aux morts, le nombre de Joachim Alvarez, mort en déportation à Mauthausen, complétant ainsi le nombre de compatriotes morts pour la France, morts  pour que les nouvelles  générations puissent  vivre libres.
Aujourd’hui, nous allons dévoiler une nouvelle plaque sur laquelle est gravé le nom de Jean Artel, enfant de troupe à l’EMPT de Tulle, mort à l’âge de 17 ans au lieu-dit « Champ- long » et sur la commune de Vitrac, après un combat acharné et inégal contre la division SS Jesser.


Comme moi il y a encore peu de temps, la plupart d’entre nous ici ignoraient qui étaient Jean Artel. Personnellement ce nom ne m’était pas étranger car, employé à la Manu, je passais plusieurs fois par jour devant la rue qui porte son nom, mais sans connaître vraiment les raisons de sa dénomination.
À cette époque, habitant Tulle, je n’imaginais pas que j’aurai l’honneur un jour en tant que magistrat de la commune de Favars de procéder à cette manifestation du souvenir en présence de la famille de ce héros de la résistance à l’occupant nazi.


Jean Artel est né à Nancy le 25 juillet 1927. Son père Gaston Artel est adjudant Chef de l’Armée Française. La famille Artel, comme beaucoup de familles lorraines, fuit l’occupant allemand et se réfugie en Corrèze près de Tulle chez Monsieur et Madame Leyris à Druliolle de Favars ; les enfants fréquentent l’école de la commune et certains anciens Favarois comme René Peyroux, se souviennent d’être allés avec Jacqueline et Raymond suivre les cours du « père Besse ».  C’est d’ailleurs grâce à René Peyroux qu’aujourd’hui nous allons rattraper si cela est encore possible 65 ans plus tard, un malheureux oubli !


En 1939 Jean Artel n’avait que 12 ans. C’était un tout jeune garçon, fils de soldat et qui voyait partir son père à la guerre. Dès lors, Jean n’est  plus un écolier comme les autres. C’est dents se serrent et son âme se durcit lorsque la décision doit être prise de partir de Lorraine et de tout quitter.
Avec sa famille, il arrive en Corrèze où il connaîtra quatre années d’attente et de souffrance morale. Jean veut être soldat comme son papa il entre à l’école d’enfants de troupe de Tulle, qui, depuis 1940 est devenue un centre de résistance à l’occupant.
La vie à Druliolle aurait pu se poursuivre sans dommage pour cette famille lorraine malgré son déracinement. Mais comme une partie de la population, le père entra dans la résistance.


En effet le 6 juin 1944, sans plus attendre, Gaston Artel rejoint définitivement la compagnie FFI du secteur. Jean qui termine sa quatrième année ne tient plus en place. Il veut partir au « baroud ».
"Tu es trop jeune  lui dit son père !"  Mais Jean qui a réponse à tout plaide si bien sa cause que c’est son père en personne qui le conduit à la compagnie. Il lui choisit même son nom de guerre, ce sera « l’Ecolier » et dorénavant ses compagnons de combat l’appelleront ainsi.
Arrivé le 20 juin à la compagnie, c’est seulement un mois plus tard que le malheur devait arriver.
Dans la nuit du 19 au 20 août 1944 à Champ-long, Jean perdra la vie.
Il y a longtemps que la nuit est tombée. L’orage menace : éclairs, coups de tonnerre secs, mais pas encore  la pluie. Une section de la 11ème compagnie du corps franc de Tulle est stationnée à la gare d’Eyrein sur la nationale 89. L’adjudant chef Boulin de l’EMPT par de Corrèze avec l’ordre de ramener la section dans la ville. Boulin prend place dans une Simca 5. Ils passent par la gare de Corrèze. Les gars s’empilent dans un camion Citroën P45 au gazo. Il y a le père Artel et son fils Jean 17 ans.
Avant Vitrac, la Simca emprunte un raccourci au lieu-dit Champ-long. C’est le drame car au même moment, la colonne Jesser est bloquée par la destruction du Pont du Teil sur la Montane. La Simca 5, tous phares allumés, tombe sur l’arrière-garde de la colonne Jesser.
Le conducteur de la Simca, pour s’arrêter, va au fossé. Aussitôt, les armes automatiques crachent sur le camion de la 11ème compagnie. Certains résistants, même blessés, parviennent à se sauver à travers un champ de blé. Hélas ! Le mal est déjà fait et dans le camion, il y a trois corps sans vie.
Le 20 août à 8 heures du matin, c’est un dimanche pluvieux. Il y a messe à Vitrac et René Mazelier, du village de Chassagne, descend tranquillement au Bourg ; des douilles jonchent le sol, il s’arrête net le souffle coupé par ce triste spectacle.
Par la portière de la Simca, un homme fait signe d’approcher, il a une voix à peine audible et le ventre gonflé. Avant d’aller chercher du secours, Mazelier inspecte le camion. Il se hisse sur le plateau : les trois tués sont adossés aux ridelles. Jean Artel « l’Ecolier », élève à l’EMPT, avec sa vareuse de l’école et son fusil semble dormir. Ses deux compagnons, la tête renversée, sont touchés dans la région du cœur.


Le corps de Jean Artel restera quatre ou cinq jours dans le caveau de Mme Grande à Corrèze, puis il sera transféré au cimetière de Favars dans le caveau de la famille Peyroux. Environ 5 ans plus tard, il sera exhumé par des prisonniers allemands : son corps est intact, plié dans sa vareuse bleu-marine avec ses boutons dorés.
Il repose aujourd’hui dans le cimetière d’Ancy sur Moselle.
A Vitrac, un monument rappelle le nom des victimes de cet accrochage.

L’inscription sur le Monument aux Morts de notre commune du nom d Jean Artel n’est que justice et l’on ne peut que regretter qu’elle soit aussi tardive.

 

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Published by Favars-amicale - dans Manifestations
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